Le Rapport du Comité Central porte sur la période entre le 21e Congrès et le 22e Congrès. Cependant, étant donné que plus de 12 ans se sont écoulés depuis la réalisation de notre 19e congrès programmatique et statutaire en 2013, nous devons étendre notre évaluation à une période plus longue.
Au cours de ces années, des progrès ont été réalisés dans le fonctionnement du Parti et dans le travail de son Comité Central. Ces progrès concernent les points suivants:
- Nous avons progressé dans notre capacité à intervenir et à guider des mouvements.
- Nous sommes devenus plus capables de rallier des forces, sur la base de la ligne de ralliement que nous avons élaborée au sein des mouvements de masse.
- Nous avons amélioré notre capacité d'intervention immédiate, tant au niveau du Parti qu'auprès des masses, lors des grands événements survenus tout au long de cette période.
- Nous avons fait de progrès dans l'élaboration de la lutte idéologique et politique, tant sur le plan général que sur des fronts et des questions spécifiques.
- Cette évolution positive se reflète dans une large mesure dans l'augmentation de notre influence électorale et syndicale ces dernières années.
- Notre action et notre intervention au sein du Mouvement Communiste International sont évaluées de manière positive, malgré les grandes difficultés auxquelles celui-ci est confronté.
Bien que nous ne sous-estimions pas les progrès réalisés, nous devons également évaluer nos points faibles et nos déficiences, et envisager la suite de manière créative, sur la base des tâches que nous avons fixées dans les décisions du 21e Congrès. Ces points faibles et ces déficiences concernent:
- L'infrastructure théorique et idéologique, ainsi que le niveau global du Parti, qui s'étend jusqu'aux cellules et à la KNE, et qui se reflète bien sûr dans la lutte idéologique de masse au sein du mouvement;
- Notre fonctionnement interne et notre travail de guidage politique, qui ne correspondent pas à la tâche stratégique du Parti, à son caractère et à l'objectif pour lequel le Parti a été fondé;
- Le niveau de guidage politique se reflète dans les cellules, à travers l'étendue et la qualité des liens que chaque cellule tisse dans son milieu d'action, le rôle que les cellules jouent dans le mouvement de masse et la lutte des classes sous toutes ses formes, ainsi que leur capacité à s'adapter à des événements soudains.
- La manière dont l'édification du Parti est préparée, sur la base des critères et des objectifs que nous avons fixés, est en effet en décalage avec l'amélioration du rôle du Parti dans le mouvement ouvrier et, plus largement, dans le mouvement populaire.
- La manière dont le rôle de guidage politique et l'aide à la KNE est exercé.
- Nous devons nous préoccuper du phénomène des«nombreuses tâches» au sein des Bureaux Régionaux et Bureaux Sectoriels, notamment en ce qui concerne la responsabilité du guidage politique simultané des Organisations et des secteurs de travail. Si l'expérience au sein du Bureau politique peut être positive, il en va autrement au sein des Comités Régionaux et Comités Sectoriels, où l'on constate un manque de constitution de comités auxiliaires chargés de promouvoir correctement le contenu du travail des différents secteurs d’activité.
-De nombreuses insuffisances et problèmes rendent difficile la progression vers la consolidation et l'éducation révolutionnaires, tout en tenant compte, bien sûr, du chemin parcouru par le Parti et de l'expérience acquise.
En conclusion, l'évaluation de l'évolution globale du Parti et de la contribution de son organe de direction suprême, le Comité Central, à cette évolution, commence par déterminer si notre travail de direction correspond au caractère révolutionnaire acquis par le Parti au niveau programmatique et statutaire. Cette question doit être constamment reconfirmée lors de chaque Congrès, en tenant compte des développements et de la généralisation de l'expérience de la lutte des classes.
Dans une certaine mesure, il existe encore un problème de compréhension, mais surtout d'assimilation créative de cette orientation et de ce critère. Il n'a pas été bien assimilé par les cadres et les membres du Parti. Fondamentalement, cela n'est pas dû à des divergences et des désaccords idéologiques globaux, mais plutôt cela est lié à la capacité de guidage politique, à la persévérance et à l'exigence nécessaires, à partir du Comité central lui-même et s'étendant proportionnellement aux organes inférieurs.
Le quotidien se limite souvent à une somme d'actions, avec un accent principal mis sur les tâches organisationnelles, sans que l'on se préoccupe suffisamment d'améliorer la capacité globale du Parti, du Comité Central aux cellules, et même de ses sympathisants, afin de garantir notre capacité à répondre aux exigences, aux possibilités, mais aussi aux difficultés auxquelles nous sommes confrontés. Notre travail quotidien doit être imprégné de l'idée que même la tâche la plus «ingrate» et la plus insignifiante est un travail révolutionnaire qui devient une pierre angulaire de la lutte globale pour renverser la barbarie capitaliste.
Les luttes quotidiennes pour obtenir certains résultats, certaines conquêtes au profit de la classe ouvrière et des couches populaires, doivent être liées plus efficacement à la confrontation de classe, à la rupture, au renversement.
Le CC a contribué à l’amélioration du niveau idéologique des cadres et des membres du Parti, condition préalable fondamentale pour renforcer la capacité du Parti dans la lutte des classes, dans la diffusion de sa politique et de son idéologie. Cependant, en particulier entre mars 2023 et juin 2024, nous avons reculé dans la mise en œuvre des systèmes de formation interne au Parti, sous la pression des élections successives (doubles élections législatives en mai et juin 2023, deux tours d'élections municipales et régionales en octobre 2023 et élections européennes en juin 2024).
Le CC a relevé les défis cruciaux qui se sont posés au cours de ces quatre années, tels que les deux grandes guerres impérialistes dans notre région, la lutte idéologique et politique multiforme en Grèce, mais aussi dans le contexte européen et du Mouvement Communiste International. Le CC a organisé de nombreuses réunions et des débats sur leurs conclusions au sein du Parti et de la KNE.
Le CC a également guidé l'ensemble du Parti avec comme objectif le développement du mouvement ouvrier et syndical, ainsi que le renversement des rapports de force négatifs au sein des organisationssyndicales de premier et de second niveau, tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Le CC s'est également engagé dans les grandes luttes concernant le crime à Tempi, la «transition verte», l'énergie, l'inflation et la cherté de la vie, les mises aux enchères par les banques des propriétés des ménages, les catastrophes naturelles et autres.
Le CC a géré avec compétence et efficacité les finances du Parti, l'a sorti du tourbillon des mauvais choix et des graves problèmes financiers et des dettes qui s'étaient accumulés depuis la crise du Parti de 1989 - 1991 et qui nous ont alourdis jusqu'au 19e Congrès, date à laquelle a commencé la phase difficile et longue de regroupement et d'assainissement.
Le CC a fait preuve de compétence politique pour faire face aux processus en cours dans le système politique bourgeois, dans l'État bourgeois, à l'émergence et à la création de nouvelles formations politiques. Le CC a répondu aux tâches multiples et exigeantes du travail parlementaire au Parlement grec et au Parlement européen, par des interventions qui ont laissé leur empreinte, ont fourni des arguments à des milliers de travailleurs, créant des résistances, dans la mesure des possibilités et des rapports de force bien sûr, face à la désorientation, à la démagogie populiste et aux coupsmédiatiques orchestrés, faisant du Parti une référence stable en matière de discours clair et honnête, pour la défense des intérêts des travailleurs et du peuple.
Le Comité Central a utilisé de manière mesurée et efficace toutes les formes traditionnelles et modernes de propagande écrite et orale, d'éducation et d'information politiques de masse, ainsi que de diffusion de nos positions politiques, permettant ainsi à des franges plus larges du peuple de s'en approprier.
Il a également réalisé de nouveaux progrès exemplaires dans la promotion de la culture, de l'esthétique et de l'art, non seulement en améliorant le contenu des festivals «KNE-Odigitis», mais aussi en prenant d'autres mesures importantes impliquant la participation de toutes les organisations régionales du Parti et des cellules. Le Comité central a pris l'initiative d'élargir le cercle de coopération avec des artistes et des personnalités culturelles de premier plan, en organisant des événements majeurs emblématiques qui sont devenus des sujets de discussion au sein de la société grecque et qui ont marqué de manière distinctive l'intervention du Parti dans la vie culturelle du pays.
Le CC se réunissait régulièrement, une fois tous les 40 jours, tandis que le Bureau politique et le Secrétariat se réunissaient chaque semaine, ainsi que de manière extraordinaire, pour examiner des nombreuses questions lors de réunions communes. Bien que le fonctionnement collectif soit assuré, ce dernier devrait acquérir des caractéristiques supérieures d'un échange d'opinions direct et collectif lorsque des questions urgentes se posent, sous la responsabilité du Secrétaire Général et du Bureau Politique. De même, le CC devrait assurer une participation quotidienne et active de ses membres à la réflexion collective du Bureau Politique, du Secrétariat et de l'ensemble du Parti, en fonction des développements, mais aussi en fonction du rôle attribué à chacun dans son domaine d'action et dans d'autres domaines.
Dans tous ces efforts, la contribution des sections du CC a été importante pour soutenir le travail et les élaborations du BP, du CC, du groupe parlementaire, des députés européens, ainsi que des groupes du Parti au sein de l'administration locale et régionale. Les Sections du CC ont également contribué aux interventions publiques du Parti et ont aidé les organisations du Parti en participant à des événements, aux colloques, en intervenant dans des processus électoraux, etc.
Depuis le 21e congrès, la deuxième partie du troisième volume de l'Essai d'histoire du KKE a été achevé et publié. Celui-ciexamine la période de la dictature militaire de 1967 à 1974, tandis que les bases ont été jetées pour l'élaboration de l'Essai sur la période 1974-1991.
À l'occasion d'anniversaires historiques, les conclusions destravaux collectifs concernant l'histoire et la stratégie du Partiet du mouvement communiste international ont été largement diffusées (p.ex. les publications spéciales sur la campagne d'Asie Mineureet la catastrophe et sur le soulèvement de l’école Polytechnique, l’exposition sur«1944, année révolutionnaire et libératrice», la publication de documents d'archives des conférences alliées, le documentaire sur la Seconde Guerre mondiale).
Cette activité multiforme montre que le contact avec l'histoire du Parti et du mouvement communiste international offredes atouts importants pour protéger l'action pionnière dans un contexte de rapport de forces négatif mais aussi pour comprendre la stratégie révolutionnaire contemporainedu Parti. Cette orientation est facilitée par la coopération intersectorielleet la collaboration entre les Sections du Comité central et les organisations du Parti.
Il est également nécessaire de poursuivre le travail systématique d'enrichissement et de fonctionnement de l’archive historique, la contribution des organisations du Parti dans ce sens, ainsi que les recherches prévues dans d'autres archives. Ce travail alimente et continuera d'alimenter des travaux collectifs, des expositions et des monographies scientifiques consacrés aux moments clés de l'histoire de la lutte des classes, tant au niveau national qu'international.
Depuis le 21e congrès, des séries de séminaires sont également organisées pour des enseignants d'histoire de l'enseignement primaire et secondaire. Un colloque scientifique de deux jours a été organisé pour lutter contre les méthodes antiscientifiques d'étude de l'histoire et le courant bourgeois du révisionnisme historique, qui s'inscrit dans l'attaque anticommuniste. Ce courant stigmatise les périodes de lutte et de soulèvement révolutionnaire des forces ouvrières et populaires, déforme l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, promeut l'antisoviétisme et l'idéologie réactionnaire assimilant le fascisme au communisme, et identifie la violence révolutionnaire au terrorisme.
Une intervention spécialisée a été menée auprès des élèves par le biais de la publication d'ouvrages historiques à destination des enfants (Révolution de 1821, campagne et catastrophe d'Asie Mineure, Seconde Guerre mondiale, démembrement de la Yougoslavie).
Si certains progrès ont été réalisés, notamment au niveau des organes de direction, il n'en reste pas moins que les élaborations fondamentales du Parti, telles que les volumes de l'Essai d'histoire, n'ont pas été étudiées et assimilées par l'ensemble des forces du Parti et de la KNE, ni par les cadres, même au sein d'organisations telles que celles des étudiants, des enseignants et des artistes, qui sont pourtant soumis au matraquage constant de l'idéologie bourgeoise.
Dans une certaine mesure, le manque de responsables de sections ou de groupes de travail chargés des questions d'histoire dans les régions et les grandes villes dotées d'établissements universitaires d'histoire, problème soulevé lors du 21e congrès, a été résolu. L'objectif reste toutefois de garantir le fonctionnement régulier et planifié des sections et groupes de travail existants, d'alléger la charge de travail des responsables et de combler les lacunes qui subsistent.
Les visites des lieux de martyre, des monuments, des musées et des expositions organisées dans différentes régions du pays, avec la contribution décisive et substantielle du Comité des monuments et musées du Comité Central du KKE, ont largement contribué à la compréhension et à la connaissance de la vérité historique, ainsi qu'à l'éducation des membres du Parti et de la KNE, mais aussi des amis et partisans du Parti.
Entre le 21e et le 22e congrès, dans l’ensemble du Parti, la lutte idéologique a été dominée par la guerre impérialiste en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que par les questions de gestion bourgeoise, avec comme points principaux le manque d'infrastructures de protection civile contre les phénomènes naturels, la sécurité des transports en commun, les soins de santé et l'éducation. Des questions telles que «croissance pour qui?», la crise économique capitaliste, la «transition verte et numérique», ainsi que la défense des revenus et des conditions de travail des travailleurs et du peuple (agriculteurs, travailleurs indépendants urbains, retraités) ont également été mises en évidence. Des thèmes liés aux questions d'actualité de la réforme du système politique bourgeois et à notre conception stratégique de la non-participation aux gouvernements dans le cadre du capitalisme ont également été abordés. Ces thèmes ont constitué les axes principaux de la lutte politique, qui concernait les cinq batailles électorales (deux élections législatives, deux tours d'élections locales et régionales, ainsi que les élections européennes).
C'est sur cette base que s'est cristallisé l'axe de la lutte idéologique et politique concernant la réforme du système politique bourgeois, la social-démocratie (principalement SYRIZA et le PASOK), le courant opportuniste, ainsi que les programmes de modernisation du gouvernement (ND) concernant la croissance numérique verte et l’État bourgeois contemporain.
L'orientation de nos interventions idéologiques et politiques s'est élargie vers de nouveaux fronts, tels que l'impact social de l'intelligence artificielle ou les conclusions historiques sur les questions stratégiques clés de la lutte pour la conquête du pouvoir ouvrier, avec un accent particulier sur la période révolutionnaire de 1944.
Les efforts de recherche se sont poursuivis pour étudier la construction socialiste au 20e siècle, avec des publications et des colloques consacrés à l'État socialiste et aux Constitutions Soviétiques.
Des fronts plus spécialisés de lutte idéologique et politique se sont développés, mais avec un retard important imputable au BP et au CC, notamment en ce qui concerne la revendication de droits au niveau individuel par rapport aux théories bourgeoises sur le sexe, le patriarcat, les mouvements et politiques «d'inclusion» (par exemple, avec pour critère le comportement sexuel), lutte qui s'est généralisée à la suite du célèbre projet de loi du gouvernement de la ND.
Cependant, plus on descend vers la base du Parti, plus l'impact de notre travail théorique essentiel et le partage de notre riche expérience pratique sont limités, car ils ont tendance à se fragmenter en actions morcelées et mal préparées, axées sur des questions spécifiques.
En ce qui concerne le réseau de formation interne au Parti, celui-ci s'est appuyé sur le mécanisme du travail idéologique principalement par l'intermédiaire des comités idéologiques des comités régionaux et sectoriels, qui ont soutenu les écoles des comités régionaux, les écoles intermédiaires et les écoles pour les membres candidats. Au cours des quatre dernières années, de nombreux cours ont été organisés lors des assemblées de cellules et même lors des discussions au sein des comités sectoriels.
Sans sous-estimer leur valeur, ces efforts ne doivent pas occulter les faiblesses importantes qui constituent des obstacles à long terme et empêchent la formation des caractéristiques communistes nécessaires dans les conditions bien plus exigeantes d'aujourd'hui.
Certains problèmes majeurs, dont la responsabilité incombe principalement au Comité central, peuvent être identifiés comme suit:
La planification, l'organisation et la supervision de l'intervention idéologique, politique et de masse quotidienne ne sont pas réalisés avec une cohérence et une continuité décisive sur la base de la relation dialectique entre théorie révolutionnaire et action révolutionnaire.
Ce problème se manifeste:
a) Par la stagnation, voire le déclin, de la vente, de l'étude et de l'exploitation du «Rizospastis», de la Revue Communiste (KOMEP), des livres idéologiques, politiques, historiques, etc., de l'«Odigitis».
b) Par des périodes où la discussion générale ou spécifique sur des questions idéologiques et théoriques est rapportée, voire ajournée (période de 5 batailles électorales successives).
c) Par la préparation idéologique insuffisante de nombreuses nouvelles forces, ce qui souligne à la fois la nécessité de renforcer la capacité d'assimilation communiste de la KNE et l'importance de la préparation idéologique des militants issus du mouvement ouvrier et populaire.
d) Par un développement global limité des cadres, ce qui conduit à une surcharge de tâches pour certains cadres, à des difficultés dans le déploiement des cadres et à des défis dans la formation des comités auxiliaires.
e) Par une relative faiblesse d'une grande partie de nos membres et des cellules à mener à bien un travail cohérent dans leurs domaines de responsabilité, conformément à l'essence du programme du Parti.
Aujourd'hui, la mise à niveau de l'intervention idéologique et politique bourgeoise ne concerne pas seulement la réforme du système politique bourgeois et de l’État bourgeois numérique contemporain, l'effort de restauration de la social-démocratie et d'alignement du peuple derrière les objectifs du capital pour «l'augmentation de la compétitivité et la mise à niveau géopolitique du pays», le piège du dilemme bourgeois entre nationalisme et cosmopolitisme, deux facettes de l'idéologie bourgeoise. Il s'agit d'une attaque bourgeoise plus profonde visant à éroder et à saper la formation d’une conscience de classe au sein de la classe ouvrière, en particulier chez les jeunes actifs, et plus généralement chez la jeunesse, qui s'exprime également par la promotion planifiée des conceptions de l'idéalisme subjectif contemporain.