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DÉCLARATION DU COMITÉ CENTRAL DU KKE À L'OCCASION DU 80e ANNIVERSAIRE DU LANCEMENT DE LA LUTTE DE L'ARMÉE DÉMOCRATIQUE DE GRÈCE

Date:
juil. 10, 2026
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Le Comité central du KKE, le Parti et la KNE célèbrent cette année le 80e anniversaire de la fondation de l’Armée démocratique de Grèce (DSE).

L’année 1946 a été marquée par des événements importants, directement liés à la création de la DSE, tels que :
La 2e Assemblée plénière du Comité central du KKE (12-15 février 1946), qui s’est tenue exactement un an après la signature de l’Accord de Varkiza (12 février 1945).

  • C’est cette 2e assemblée plénière, malgré des contradictions et du retard, qui a décidé l'engagement dans une lutte armée.
  • L'attaque menée par un groupe de combattants pourchassés contre le poste de police de Litochoro, dans la nuit du 30 au 31 mars 1946, le jour même des élections législatives.
  • La constitution du Quartier général des partisans (28 octobre 1946), qui marque en substance la date de fondation de la DSE.
  • Le changement officiel de nom a eu lieu le 27 décembre 1946, avec la publication de l’ordonnance du Quartier général des partisans, qui a défini la «dénomination des corps de partisans en ARMÉE DÉMOCRATIQUE DE GRÈCE».

Les conditions actuelles dans lesquelles se livre la lutte des classes

            À l’occasion de ce 80e anniversaire, le KKE mène une lutte constante et déterminée pour les intérêts de la classe ouvrière, des agriculteurs pauvres, des travailleurs indépendants urbains, des femmes et des jeunes issus des familles ouvrières et populaires, pour le regroupement du mouvement ouvrier et populaire, la formation d’une alliance sociale et l’organisation de sa lutte afin de se libérer du pouvoir capitaliste exploiteur, de conquérir le pouvoir ouvrier, le socialisme et le communisme. C’est la seule voie réaliste pour repousser la nouvelle série de mesures antipopulaires que nous réserve une politique motivée par le profit capitaliste, l’économie de guerre et l’implication dans les guerres impérialistes.

            Aujourd’hui, l’opposition fondamentale entre le capital et le travail s’exacerbe objectivement: le fossé se creuse entre la richesse des monopoles et la situation des forces ouvrières et populaires qui produisent cette richesse. La tendance à la paupérisation relative et absolue de la classe ouvrière s’accentue sous des formes anciennes et nouvelles, allant du travail saisonnier et à temps partiel, du travail inadapté aux qualifications et du chômage de longue durée, jusqu’aux journées de travail de 13 heures. L’intelligence artificielle et les autres avancées scientifiques forgent de nouveaux carcans pour les forces ouvrières et populaires, tout en restant assujetties à la propriété capitaliste, alors qu’elles pourraient permettre de réduire de manière significative le temps de travail général et obligatoire, tout en répondant de manière substantielle aux besoins sociaux actuels.

Le capital suraccumulé, malgré les mesures d’intensification de l’exploitation, ne trouve pas de débouchés suffisants pour générer des profits, ce qui laisse présager une nouvelle crise économique plus profonde dont les racines se trouvent dans les contradictions inhérentes au capitalisme. Dans le contexte du développement capitaliste inégal et des relations inégales entre les États capitalistes, d’importants remaniements s’opèrent, les contradictions intra-impérialistes s’intensifient et de nouveaux conflits armés éclatent, semant la mort et le déplacement. Un nouveau conflit impérialiste généralisé se profile de plus en plus comme le résultat des rivalités intra-impérialistes pour le contrôle et le partage des marchés, des sphères d’influence, des matières premières, des ressources énergétiques, des voies de transport de l’énergie et des marchandises. Il marquerait un nouveau départ pour une reproduction capitaliste élargie après la dépréciation contrôlée et recherchée du capital.

Dans le contexte de la confrontation entre les États-Unis et la Chine pour la suprématie au sein du système impérialiste international, et parallèlement à la guerre impérialiste en Ukraine et au Moyen-Orient, de nouveaux points chauds émergent sur tous les continents et se transforment en foyers de guerre. C’est ce que montre l’intervention impérialiste des États-Unis au Venezuela, visant à s’emparer des gisements de pétrole, de gaz naturel, de terres rares et de matières premières précieuses, en opposition à la Russie et à la Chine, qui, pour leurs propres intérêts, cherchent à consolider leur présence en Amérique latine. C’est ce que révèlent les menaces de l’impérialisme états-unien et d’Israël, ainsi que les préparatifs de guerre en vue d’une nouvelle attaque contre l’Iran.

Parallèlement, les antagonismes s’exacerbent au sein des deux blocs impérialistes: le bloc euro-atlantique, qui réunit les États membres de l’OTAN et de l’UE, et le bloc eurasien en cours de formation, dirigé par la Chine et la Russie. Des alliances se forment et se redéfinissent sans pour autant annuler la tendance à la généralisation de la guerre impérialiste.

Dans le même temps, les conditions créées par le recul historique de la contre-révolution qui a prévalu entre 1989 et 1991, ainsi que la crise profonde et prolongée du Mouvement communiste international, créent des difficultés supplémentaires pour l’organisation de la lutte. Les anciennes méthodes de manipulation des forces ouvrières et populaires par la social-démocratie (entreprises publiques élargies offrant des contrats de travail relativement permanents, intervention économique et sociale plus large de l’État capitaliste, etc.) sont également défendues par des partis se prétendant communistes qui participent à des gouvernements de gestion bourgeoise ou les soutiennent, ainsi que par le Parti communiste de Chine, qui fait partie des puissances dirigeantes du capitalisme. Par leur attitude, ils deviennent une source de nouvelles confusions, de dérives et d'opportunisme au sein du mouvement communiste international. Par conséquent, tout sursaut ou soulèvement des forces ouvrières et populaires ne s’accompagne pas d'une prise de conscience des impasses historiques du capitalisme et de son caractère historiquement dépassé.

Dans ce rapport de forces politique défavorable pour le mouvement communiste et les peuples à l’échelle mondiale, et face à l’avenir sombre que réservent les projets et les rivalités des États capitalistes et des alliances impérialistes, le KKE constitue un appui et un espoir pour les forces ouvrières et populaires, en illustrant la perspective de leur lutte victorieuse pour le socialisme et le communisme. Après s’être réorganisé sur les plans idéologique, politique et organisationnel, en élaborant une stratégie révolutionnaire moderne et en renforçant ses caractéristiques communistes, il a mené et continue de mener des luttes sociales et politiques acharnées. Fort des décisions de son 22e Congrès, le Parti vise aujourd’hui à s’aligner, à tous les niveaux et à un rythme plus rapide et plus efficace, sur son programme révolutionnaire et ses statuts, afin d’être prêt à relever tous les défis et à répondre à toutes les exigences de la lutte des classes.

L’empreinte historique majeure de la DSE

Le fait qu’aujourd’hui le KKE a pour objectif de répondre à l’appel de l’histoire pour le socialisme tient dans une large mesure à ses racines profondes dans les forces ouvrières et populaires et dans leurs luttes. Des racines historiques qui remontent aux affrontements de classe violents et sanglants de l’entre-deux-guerres, à la lutte héroïque et aux sacrifices des communistes tout au long des années 1940, parmi lesquelles occupent une place prépondérante ceux et celles qui sont tombés dans les montagnes, devant les pelotons d’exécution (Goudi, Pavlos Mela, Eptapyrgio, etc.), dans les prisons (Corfou, Égine, Acronauplie, Itzédin, etc.), dans les camps de concentration (Makronissos, Gyaros, etc.) et dans les lieux d’exil (Agios Stratis, Ikaria, etc.).

Toutes ces luttes, en particulier la lutte de classe armée menée par la DSE, ont constitué un facteur de grande force et de prise de conscience de la responsabilité communiste. Elles ont joué un rôle particulier dans la capacité du KKE à résister à la contre-révolution et à préserver sa continuité historique face à l’offensive de démantèlement menée par l’opportunisme fractionniste allié aux forces social-démocrates dans le cadre de la Coalition de la Gauche et du Progrès. Elles continuent de constituer un atout puissant et un guide pour le tournant décisif actuel et le saut qualitatif que vise le KKE dans sa constitution et son action.

Dans le même temps, notre Parti est convaincu que la véritable et suprême hommage à l’Histoire de la DSE et, plus généralement, à son parcours héroïque de plus d’un siècle en tant que Parti communiste,  passe par la capacité à en tirer des enseignements qui renforcent aujourd’hui la lutte des classes, la lutte pour le socialisme - le communisme, et exige une étude critique de l’histoire de la lutte des classes, à l’opposé tant du discours défaitiste sur les erreurs que de l’embellissement opportunistes, qui nient tous deux la nécessité de tirer des conclusions de classe du passé historique.

L’étude de l’histoire du KKE et du Mouvement communiste international, ainsi que les conclusions tirées de la stratégie de ce mouvement et de la contre-révolution, ont constitué pour notre parti un élément précieux dans l’élaboration de sa stratégie révolutionnaire contemporaine. Cette étude historique s’appuie sur l’analyse scientifique de la réalité capitaliste concrète, mais aussi sur l’existence, à l’époque, des pays de construction socialiste et sur le rapport de forces international dans le cadre duquel se sont déroulés les événements historiques et l’action du KKE. En adoptant une approche objective et matérialiste de l’histoire et en privilégiant la relation dialectique entre scientificité et conscience de classe, notre Parti peut éviter le piège de la critique a posteriori, compte tenu de la distance temporelle qui nous sépare des événements de cette période, tout en prenant en considération l’ensemble des facteurs qui les ont façonnés.

Le KKE, sans sous-estimer les conditions objectives, met l’accent sur les faiblesses du facteur subjectif qui ont eu un impact négatif sur l’issue de la lutte menée par la DSE; il n’embellit pas sa propre politique ni celle du Mouvement communiste international. Parallèlement, il s'oppose résolument à la tentative bourgeoise méthodique visant à ternir l'histoire et la lutte de la DSE, et plus généralement à réviser l'histoire de la grande décennie des années 1940, au cours de laquelle les masses ouvrières et populaires sont entrées avec fougue sur le devant de la scène historique, menaçant objectivement l’existence même du pouvoir capitaliste.

Ceux qui tentent aujourd’hui de discréditer la lutte armée des forces ouvrières et populaires contre le pouvoir capitaliste et ses alliés internationaux, mais aussi ceux qui s’efforcent hypocritement de condamner la violence «d’où qu’elle vienne», ne se contentent pas de déformer la réalité historique. Ils tentent de convaincre la classe ouvrière et ses alliés qu’il n’y a pas d’avenir au-delà de la réalité capitaliste barbare de l’exploitation de classe, de la ruine des agriculteurs, des éleveurs, des pêcheurs et des professionnels indépendants, des crises économiques, des guerres, de la pauvreté et du déplacement. Ce sont eux qui se préparent à entraîner à nouveau les peuples vers de nouveaux abattoirs impérialistes, en utilisant l'embellissement du capitalisme comme «vitrine» ou en cultivant l'illusion d'une possible réforme au profit des forces ouvrières et populaires. Ce qui les dérange, ce n’est pas la violence, indissociable de l’exploitation de classe, mais le fait que la lutte armée de la DSE ait «brisé» le monopole de la violence de l’État capitaliste. C’est l’État capitaliste qui exerce quotidiennement la violence contre les travailleurs, les agriculteurs pauvres et les jeunes.

Le point culminant de la lutte des classes

     La lutte de trois ans menée par la DSE était juste et nécessaire. Sous la direction du KKE, elle défendait les intérêts de la classe ouvrière et de ses principaux alliés: les paysans appauvris et les travailleurs indépendants urbains pauvres.

La DSE était le résultat d’un conflit de classe acharné, dont les racines se trouvaient dans la situation révolutionnaire créée lors de la libération de la Grèce de la triple occupation fasciste, grâce à l’action décisive de l’EAM-ELAS sous la direction du KKE. Elle visait la bourgeoisie nationale, dont la suprématie était alors plus que jamais menacée, et qui était soutenue par l’ensemble des forces politiques bourgeoises («de droite» et «centristes») en alliance avec les États capitalistes de Grande-Bretagne et des États-Unis. La victoire de la DSE aurait objectivement signifié le renversement du pouvoir capitaliste. Sans le soutien militaire, économique et politique de ses alliés étrangers, la bourgeoisie grecque n’aurait pas pu l’emporter.

Après la Libération, la violente confrontation armée de classe, qui existait déjà depuis les années de l’Occupation, s’est intensifiée; elle allait soit conduire au renversement du pouvoir capitaliste, avec l’isolement simultané de ses appuis étrangers, soit à la défaite des forces ouvrières et populaires, à un coup décisif porté au KKE et à la reconstitution du pouvoir capitaliste. Il n’y avait pas d’autre issue! Et cette conclusion cruciale, non seulement n’est pas réfutée, mais elle est confirmée par la participation erronée du KKE et de l’EAM au gouvernement d’«Unité nationale» de l’après-guerre (septembre 1944).

Les conditions qui régnaient dans la Grèce d’après-guerre, celles-là mêmes qui ont donné naissance à la DSE, constituent la preuve la plus flagrante que les contradictions sociales sont incompatibles avec les idéologies prônant la «cohésion nationale» et l’abolition des divisions de classe.

La stratégie des forces capitalistes nationales et étrangères était déjà tracée. Le pouvoir capitaliste étant menacé, leur objectif était d'écraser à tout prix le KKE et l'EAM-ELAS qui, malgré leur défaite militaire de décembre 1944 à Athènes, conservaient leur influence sur une grande partie du peuple dans tout le pays. En revanche, les forces politiques bourgeoises nationales n’avaient pas retrouvé le prestige politique nécessaire au système, soit en raison de leur collaboration avec les occupants, soit en raison de leur fuite à l’étranger et de leur absence lors de la lutte de libération nationale. Dans le même temps, la remise en marche des mécanismes de l’État capitaliste progressait lentement et, en son sein, des membres et des cadres du KKE et de l’EAM continuaient d’agir, et furent pris pour cibles par la répression bourgeoise dans la période qui suivit.

La bourgeoisie cherchait à éradiquer de la conscience du peuple grec toute dynamique de radicalisme qui a été développée pendant les années d’Occupation par:

  • La lutte de l’EAM sous la direction du KKE.
  • L’action pionnière des partis communistes qui ont été à l’avant-garde des fronts de résistance dans tous les pays occupés par l’Axe fasciste.
  • Le rôle déterminant de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), qui a enregistré plus de 25 millions de morts, 10 millions de blessés et d’invalides pour la défaite de l’Axe.

Afin de mener à bien le regroupement et la reconstruction de son pouvoir après la guerre, la bourgeoisie grecque a jugé nécessaires les mesures suivantes:

  • Les persécutions (assassinats, emprisonnements, exils, tortures) à l’encontre des communistes et des autres membres de l’EAM et de l’ELAS, qui ont contraint des milliers de personnes à se réfugier dans les montagnes et d’autres à prendre la route de l’exil politique (Boulkes).
  • L’acquittement et l’intégration organique des membres des Bataillons de sécurité et de toutes les autres organisations collaborationnistes au sein des mécanismes administratifs armés de l’État.
  • La présence de milliers de soldats de l’armée britannique en Grèce.

Tous ces éléments constituaient des aspects et des conditions préalables à la préparation des forces bourgeoises en vue de l’affrontement avec les forces ouvrières et populaires et de leur victoire finale.

Cependant, le KKE continuait à revendiquer la «normalité démocratique», restant prisonnier de la stratégie qui avait conduit à la décision de placer l’ELAS sous l’autorité du quartier général britannique du Moyen-Orient (juillet 1943), aux accords inacceptables du Liban (mai 1944) et de Caserte (septembre 1944), puis, après la défaite militaire de décembre à Athènes, à la signature de l’accord tout aussi inacceptable de Varkiza (février 1945). Cependant, la dure réalité de la lutte des classes venait contredire ces choix politiques.

Un an après l’Accord de Varkiza, la situation s’était détériorée au détriment du KKE et du mouvement de l’EAM: 1.289 assassinats, 6.671 blessés, 31.632 cas de torture, 18.767 pillages et emprisonnements, 84.931 arrestations, 509 tentatives de meurtre, 265 viols de femmes. Les bandes de Sourlas, de Bandouvas, de Katsareas, de Manganas, de Tsaus Anton, l’organisation «X» de G. Grivas et de dizaines d’autres sillonnaient toute la Grèce, en complicité avec les occupants et autres tueurs à gages, protégées par les partis politiques bourgeois et les appareils d’État, avec le soutien de l’armée britannique.

Pour toutes les raisons susmentionnées, l’affirmation selon laquelle la mise en œuvre de l’Accord de Varkiza aurait pu conduire la Grèce vers une évolution démocratique sereine constitue une déduction utopique. L’argument avancé par les forces bourgeoises et opportunistes, selon lequel la terreur bourgeoise aurait été évitée si le KKE et l’EAM avaient pris part aux élections législatives du 31 mars 1946, fait partie de cette affirmation infondée et malveillante.

Les élections de mars 1946, qui se sont déroulées sur la base de listes électorales falsifiées, avaient pour seul objectif, tout comme les élections législatives bourgeoises successives qui ont suivi, de consolider et de renforcer le pouvoir capitaliste.

Dans les conditions de l’époque, cela signifiait la réorganisation de l’État capitaliste ainsi que la poursuite et l’intensification de la répression contre le mouvement ouvrier et populaire sous le couvert de la légitimité parlementaire bourgeoise. La preuve flagrante en est le fait qu’après les élections, la répression d’État a été encore davantage renforcée par une résolution «à propos des mesures d’urgence concernant l’ordre public et la sécurité». De même, après le référendum illégitime du 1er septembre 1946 sur le retour du roi, et malgré la position contradictoire et la participation du KKE et de l’EAM à celui-ci, la loi d’urgence n° 509/1947 a été promulguée «sur la diffusion d’idées ayant pour but le renversement du système social en vigueur», entre autres. En conséquence, des milliers de communistes et d’autres militants de premier plan furent envoyés en prison, en exil ou devant les pelotons d’exécution.

La participation du KKE et de l’EAM aux élections de 1946 aurait constitué une «légitimation» de cette situation profondément antipopulaire et aurait nourri l’illusion qu’il était possible, par le biais des élections, de renverser la stratégie préétablie des forces capitalistes nationales et étrangères visant à écraser le KKE et l’EAM. Cela aurait décimé sans combat le mouvement ouvrier et populaire. Le véritable dilemme qui se posait au peuple était le suivant: «soumission ou organisation de la lutte et contre-offensive». À son honneur, le mouvement ouvrier et populaire, sous la direction du KKE, a choisi, bien que tardivement, la seconde voie, en constituant la DSE.

La création de la DSE a prouvé que les choix erronés du KKE au cours de la période précédente n’étaient pas dus à une intention de compromis avec l’adversaire de classe ou d’intégration au pouvoir capitaliste. En fondant la DSE, le KKE a sauvé son honneur et celui du peuple, et a écrit la page la plus glorieuse de l’histoire de la lutte des classes dans notre pays.

DSE: Des forces ouvrières et populaires nombreuses sous la direction du KKE

En constituant la DSE, le KKE a agi en tant que parti combatif qui a été à l’avant-garde de la lutte de classe armée, ce qui a été scellé par le sacrifice de milliers de ses membres et cadres. Parmi eux, les membres du Comité central qui ont été assassinés, exécutés ou sont tombés au combat: Spyros Kalodikis, Adam Mouzenidis, Ilias Kiapes, Stefanos Giouzelis, Stergios Anastasiadis, Aristos Vassiliadis, Vasilis Markezinis, Kostas Farmakis, Vangelis Kavvadias, Giorgis Tsitilos, Nikos Arabatzis, Mitsos Paparigas, Giorgis Dimitriou et Giannis Zevgos.

Au cours de la lutte menée par la DSE, le KKE a prouvé qu’il était capable de fonctionner même dans les conditions les plus défavorables. Malgré l’offensive tous azimuts de la bourgeoisie nationale et les difficultés objectives de communication, le Bureau politique, le Comité central et d’autres organes du parti ont continué à se réunir; des assemblées des organisations du parti se tenaient même pendant les accalmies des combats, tandis que les communistes recrutaient de nouveaux membres.

Contrairement à ce que la propagande bourgeoise a affirmé jusqu’à présent, la DSE était issu des entrailles mêmes du mouvement ouvrier et populaire. Sa constitution et son épopée auraient été impossibles sans le soutien décisif et multiforme des forces ouvrières et populaires, en particulier dans les régions de la Grèce libre. Ce sont les masses populaires pauvres qui ont alimenté la DSE en aide de toutes sortes, en main-d’œuvre, en nourriture et en vêtements; elles ont également contribué à la construction d’ouvrages fortifiés, à la collecte de renseignements et à l’organisation de la Milice populaire.

La DSE et les institutions issues du peuple chargées d’organiser la vie sociopolitique dans les zones où elle l'avait emporté (Conseils populaires, Milice populaire, Justice populaire) ont constitué le pilier permettant au mouvement ouvrier et populaire de développer la force nécessaire pour faire face à ses nombreux problèmes. Conformément aux «Dispositions statutaires pour la Grèce libre», initialement promulguées par le Quartier général des résistants puis intégrées dans la législation du gouvernement démocratique provisoire, la mise en place de Conseils populaires composés de membres élus parmi l’ensemble de la population adulte et révocables a été encouragée, ainsi que l’élection et le fonctionnement de tribunaux populaires. De plus, les compétences de la Milice populaire ont été définies, l’enseignement obligatoire et gratuit pendant six ans a été instauré et le dialecte populaire a été établi comme langue officielle. L'égalité entre les hommes et les femmes a été proclamée et les droits des minorités ethniques et linguistiques ont été reconnus.

Les Conseils populaires n’ont pas seulement répondu aux besoins impérieux du conflit armé, mais ils ont également joué un rôle de premier plan dans la création de dispensaires et d’écoles populaires (dans les territoires d’Arcadie libérés par la DSE, une école normale populaire a même été créée dans le but de former les enseignants des écoles populaires), dans l’organisation et la distribution de la production, la protection de la vie et des biens des habitants des zones libérées, leur éducation et leur développement culturel, ainsi que dans la protection de leurs enfants en les mettant à l’abri des bombardements et de l’esclavage.

En conséquence, les institutions issues du peuple, qui s’appuyaient également sur l’expérience des régions libérées par l’ELAS pendant les années de la triple occupation fasciste, ont créé les conditions de liens profonds et indestructibles entre la DSE et les forces ouvrières et populaires des régions libérées, car la DSE protégeait leurs intérêts et leurs acquis, et celles-ci la soutenaient par tous les moyens. C’est pourquoi l’État bourgeois a procédé au déplacement forcé de centaines de milliers de personnes hors de leurs villages, ceux qu’il a qualifiés, avec hypocrisie, d’«affectés par la guérilla», afin d’isoler la DSE de ses principales sources de force.

La lutte de la DSE fut héroïque et grandiose. Elle s’est déroulée dans le cadre d’un affrontement de classes inégal. Ce fait ne fait que rehausser davantage sa valeur et l’héritage qu’elle a légué à l’histoire du mouvement révolutionnaire et au KKE, puisqu’elle a été vaincue militairement par l’État capitaliste et ses alliés internationaux, mais pas moralement - ni politiquement dans la conscience des forces ouvrières et populaires.

C’est aussi la raison pour laquelle, malgré la défaite militaire de la DSE et la mise hors-la-loi du Parti, le mouvement ouvrier et populaire ne s’est ni soumis, ni démantelé.

Le KKE est fier de l’armée de héros qu’il a formée. Des milliers de communistes, et encore davantage de non-membres du Parti, ont donné jusqu’à la dernière once de leurs forces pour que l’épopée de la DSE prenne corps, en combattant et en marchant jour et nuit, souvent sans nourriture, beaucoup d’entre eux pieds nus, au milieu des glaces et des tempêtes. Il rend hommage à tous ceux et toutes celles qui se sont battus héroïquement, au Grammos et à Vitsi, en Épire et en Thessalie, en Roumélie et dans le Péloponnèse, en Macédoine et en Thrace, en Crète, dans les îles de la mer Ionienne et de la mer Égée, partout où «a retenti l’Olympe à nouveau».

L’action et le sacrifice de dizaines de milliers de combattants et de combattantes de la DSE, des blessés, des prisonniers et des exilés pour leur engagement dans ses rangs, ainsi que de tous ceux qui ont pris les armes pour sa cause en Grèce et en exil politique éduquent et forment l’esprit sur les plans moral et politique. Pour la plupart, il s’agissait de jeunes, organisés au sein de la Jeunesse démocratique de Grèce (DNE) et de l’EPON, qui représentaient environ 80% des effectifs totaux de la DSE.

La DSE était une armée populaire révolutionnaire. Elle s’appuyait sur l’expérience organisationnelle et militaire de la lutte de l’ELAS pendant l’Occupation et du conflit de classe décisif de décembre 1944, qui avaient laissé un héritage militant important dans la conscience populaire, ainsi que dans les formes d’organisation et de lutte. À l’opposé de l’armée bourgeoise, la DSE se caractérisait par sa lutte pour la juste cause du peuple, par l’abnégation et une discipline consciente. Elle alliait l’application combative des ordres à la démocratie des assemblées à différents échelons de sa hiérarchie, où les membres pouvaient se critiquer mutuellement et où l’évaluation des opérations militaires s’effectuait dans un esprit d’autocritique.

La DSE, par le biais de ses écoles d’officiers, a formé des milliers de militants populaires pionniers pour en faire des chefs militaires à tous les échelons, tels que: Giannis Alexandrou (Diamandis), Charilaos Florakis (Giotis), Nikos Triantafyllou, Stefanos Giouzelis, Panos Zaras, Kostas Karagiorgis, Giannis Podias, Kostas Koligiannis (Arvanitis), Thanasis Genios (Lassanis), Pantelis Vainas, Giorgos Iliadis (Sofianos), Nikos Theocharopoulos (Skotidas), Sarandis Protopapas (Kikitsas), Tassos Petsas, Romas Petsos, Giorgis Vogias (Kartsiotis), Andonis Angeloulis (Vratsanos), Kosmas Spanos (Amyndas), Thomas Palas (Koziakas), Dimitris Giannakouras (Perdikas), Polychronis Vaïs (Achille Petritis), Ilias Alevras, Kostas Xydeas, Michalis Papadamos (Feraios), Manolis Stathakis, Aristos Kamarinos, Kostas Tsolakis, Thymios Kapsis (Anapodos), Giorgos Giannoulis, Nakos Belis, Giorgos Georgiadis, Fotis Sgouros, Gerasimos Grigoratos (Astrapogiannos).

Aux côtés des chefs militaires issus du peuple qui ont contribué à son développement et à sa capacité de combat, des officiers issus de l’armée bourgeoise, mais qui se sont résolument rangés aux côtés des forces ouvrières et populaires ont également servi au sein de la DSE, tels que: Giannis Malagaris, Giorgos Samaridis (Logothetis), Giannis Kilismanis, Stefanos Papagiannis, Kostas Kanellopoulos, Pavlos Tomboulidis, Nikos Terzoglou (Pyravlos), Theodoros Kallinos (Amarbeis), Kostas Basakidis, Christos Stefopoulos, Dimitris Tsitsipis, Theodosis Zervas, Vasilis Venetsanopoulos, Giorgos Kallianesis (Messinis), Giannis Manias, Dimitris Koukouras, Thymios Zoulas, Giorgos Katemis, Kostas Antonopoulos (Kronos), Alekos Papageorgiou, Giorgos Kondalonis.

À leurs côtés ont également agi des membres d’autres appareils répressifs de l’État bourgeois, qui se sont rangés aux côtés du mouvement ouvrier et populaire, tels que les anciens officiers de la police des villes Christos Papanastasiou, Stratos Lambrinakos et Giorgis Karakatsanis (Koskinas ou Koskinis), le major de police Dimitris Kyknas, le gardien de la paix Michalis Kostopoulos, le maréchal-des-logis-chef de la Gendarmerie Kostas Tolias, tandis que les officiers de la police des villes et de la Gendaremerie Giannis Palavos et Thomas Venetsanopoulos ont respectivement fait l’objet de poursuites de longue durée pour leurs actions dans les villes, tout comme l’ancien gardien de la paix Polyvios Koutsogiorgas et le gendarme Panagiotis Vazouras.

Le rapprochement entre le mouvement ouvrier et populaire et des officiers bourgeois, ainsi que d'autres anciens membres des appareils répressifs bourgeois, a été, dans certains cas, le résultat du travail systématique des communistes au sein de l’armée pendant l’entre-deux-guerres. Ce travail s'est épanoui dans le cadre de la Résistance de l’EAM et de la lutte de l’ELAS, et a par la suite renforcé la lutte de la DSE. L’action héroïque antérieure du KKE a permis à de nombreux conscrits de l’armée bourgeoise de rejoindre les rangs de la DSE.

La contribution de ceux qui ont aidé à faire passer clandestinement les combattants populaires vers les champs de bataille, afin de les protéger de la terreur de l’État bourgeois, a été tout à fait remarquable.

Parmi les dizaines de milliers de combattants et combattantes de la DSE figuraient également des scientifiques, des artistes et des intellectuels, tels que les écrivains Dimitris Hatzis, Fotis Angoules, Giorgis Sevastikoglou, Takis Adamos, Giorgis Lambrinos, Dimitris Ravanis-Rendis, Mitsos Alexandropoulos, Alexis Parnis, Nikos Kytopoulos, Kostas Pournaras (Bosis), Anthos Filitas (Anthimos Hatzanthimou), Vasilis Pigis, Nikos Papandreou, l'historien Giorgis Zoïdis, le réalisateur Manos Zacharias, le caméraman et photographe Apostolos Mousouris, le photographe Fotis Matsakas, les acteurs Yannis Veakis et Antonis Giannidis, ainsi que les artistes plasticiens Giorgos Dimou et Giorgos Goulas, entre autres.

Depuis l’étranger, où ils se trouvaient, le sculpteur Memos Makris, la graveuse Zizi Makri, le philologue Giorgis Athanasiadis, les écrivains Elli Alexiou, Melpo Axioti, Theodosis Pieridis, Elli Lambridi, Thrasos Kastanakis et bien d’autres encore ont soutenu la DSE.

Aux côtés de la DSE se trouvaient, qu’il s’agisse de l’exil, de la prison, des persécutions ou d’autres situations –, le compositeur Mikis Theodorakis, ainsi qu’une pléiade d’écrivains et de poètes, tels que Giannis Ritsos, Kostas Varnalis, Angelos Sikelianos, Tassos Leivaditis, Themos Kornaros, Kostas Giannopoulos, Nikiforos Vrettakos, Manolis Anagnostakis, Titos Patrikios, Victoria Theodorou, Dido Sotiriou, Andreas Fragias, Michalis Katsaros, Stratis Doukas, Giorgos Kotzioulas, Menelaos Loudemis, Nikos Karouzos, Nikos Kavvadias, Giorgos Valetas, Kostas Kalatzis (Thessalien), Alki Zei, Galatea Kazantzakis, le graveur A. Tassos, les artistes Giorgis Farsakidis, Giannis Stefanidis, Valias Semertzidis, Vasilis Armaos, Dimitris Gioldasis, Thomas Molos, Christos Daglis, Vasilis Vlasidis, Vaso Katraki, Katerina Chariati-Sismani, le critique musical Phoebus Anogeianakis, le compositeur Alekos Xenos, le metteur en scène Nikos Koundouros, le professeur d’université Giannis Imvriotis, la pédagogue Rosa Imvrioti, le critique d'art Markos Avgeris, les historiens Giannis Kordatos et Dimitris Fotiadis, les acteurs Manos Katrakis, Aleka Païzi, Tzavalas Karousos, Titos Vandis, Aspasia Papathanassiou, Olympia Papadouka, Malaina Anousaki, Maria Foka, Argyro Vokovitch, Kaiti Dirindawa, Taygète, Nikos Fermas, Giorgos Giolas, Kostas Baladimas, l’actrice et écrivaine Zorz Sari, le parolier Kostas Virvos, le compositeur Théodoros Derveniotis et bien d’autres encore.

De même, des milliers de combattants, dans les prisons et les camps de concentration, ont répondu à l’appel de leur époque en écrivant des poèmes ou en exprimant la lutte populaire à travers la peinture et le dessin. La lutte de la DSE a également inspiré des poètes étrangers de renommée mondiale, tels que Nazim Hikmet, Pablo Neruda, Paul Éluard et d’autres.

Le travail idéologique et politique au cours de la dure confrontation de classe

Le rôle des commissaires politiques a été un facteur déterminant dans le fonctionnement de la DSE, dans le moral de ses combattants et combattantes, dans leur éducation et dans leur attitude politique vis-à-vis de la population civile, mais aussi des soldats de l’armée bourgeoise. On peut citer, à titre d’exemple: Nikos Belogiannis, Giannis Salas, Vangelis Rogakos, Giorgis Erythriadis (Petris), Mitsos Vamvakas, Leonidas Strigos, Nikos Kanakaridis (Lambros), Kostas Loules, Kostas Laoutaris, Giorgos Klaïnos, Nionios Traïforos, Panagiotis Yfandis (Héraclès), Kostas Karkanis (Takis), Nikos Kliafas, Petros Iosifidis, Sonia Eleftheriadou, Roïdis Michalakis, Katerina - Tsveta Andreopoulou, Eleftheria Ioannidou, Kosmas Boukovinas, Lydia Kalaïtzidou, Aspasia Daskalopoulou, Antonis Antoniadis (Simos), Aristides Theocharis, Chrysoula Gogoglou, Gianna Trikalinou, Manolis Fragiadakis, Maria Veliou (Paraskevoula), Dimitris Kyrlas, Melpomène Dimanopoulou, Athanasia Kalaïtzidou, Stergios Pratos.

De manière générale, le travail idéologique et politique au sein de la DSE fut un pilier essentiel de l'objectif militaire et politique, il a fortifié ses combattants et ses combattantes, et a rendu possible leur épopée de trois ans.

L'activité éditoriale menée dans les rangs de la DSE revêtait une importance particulière; elle comprenait les publications suivantes: «Campagne», «Vers la Victoire», «Armée démocratique», «Jeune Combattant», «Lutte agricole», «Combattante», «Militante», «Partisane» et d’autres encore. Outre l’imprimerie centrale de la DSE, chaque quartier général de division publiait un bulletin d’information quotidien et son propre journal. Des journaux distincts étaient publiés dans la langue des populations slaves, mais aussi dans celle des musulmans de Thrace.

À la même époque, les journaux suivants circulaient clandestinement: à Athènes et au Pirée, le «Rizospastis»; à Thessalonique, la «Voix Populaire»; à Volos, la «Liberté»; à Larissa, la «Voix populaire». Des journaux clandestins de parti circulaient également dans d’autres régions, comme le «Morias» dans le Péloponnèse, les «Gkinaioi» à Samos, etc. Par ailleurs, la maison d’édition «Grèce Libre» fut créée, qui publia des centaines de livres à des milliers d’exemplaires.

À partir de juillet 1947, la station de radio «Grèce libre» a diffusé ses émissions, d’abord depuis Belgrade, puis depuis Bucarest, sous la direction politique d’Aphrodite Nodara (Eleni Makri), avec comme rédacteurs Giorgis Angourakis (Alekos Psiloritis), Periklis Kalodikis, Dimitris Hatzis, Marianna Veaki, et ses présentateurs Takis Leivadas et Gianna Kalodiki.

L’éducation était axée sur la lutte contre l’analphabétisme (en pleine guerre, qui plus est), mais aussi par des cours idéologiques, des conférences et des discours destinés aux combattants et combattantes de la DSE, qui visaient à remonter le moral, mais aussi à les informer des développements politiques en cours et des tâches de la DSE. De plus, sous les rafales des mitrailleuses et les explosions des obus, des cours sur le Programme et les Statuts du KKE étaient dispensés.

Dans les villages et les villes, des détachements de la DSE distribuaient des tracts ou les affichaient sur les murs. Les porte-voix étaient également mis à profit: grâce à eux, les groupes de la DSE s'adressaient aux soldats de l'armée bourgeoise pour les appeler à ne pas combattre le peuple en lutte. Quand les conditions le permettaient, notamment lors des commémorations, les différents groupes de la DSE et les zones libérées organisaient des soirées divertissantes avec des sketchs, des lectures de poèmes et des chants. Une troupe de théâtre et une équipe de tournage avaient été constituées.

Un Bureau d’Éducation avait été créé au Quartier général de la DSE pour organiser et mener à bien l’éducation politique. Parmi les personnes qui y participaient figuraient, entre autres, Takis Mamatsis, Panagiotis Mavromatis, Gavrilos Papadopoulos, Zinon Zorzovilis, Parisis Angelidis, Vassos Georgiou, Nikos Simitzis, Paschalis Paschalefski et Apostolos Spilios.

Tout ce qui précède explique pourquoi, parmi les possessions des combattants et combattantes de la DSE, il manquait souvent des munitions et de la nourriture, mais jamais le journal ni le livre. Cela explique également leur résilience face aux difficultés inédites de la lutte armée, leur moral élevé, leur combativité, leur maîtrise de l’art de la guerre ainsi que leur efficacité générale dans les affrontements militaires contre les forces supérieures et mieux équipées de l’armée bourgeoise, même lorsque la balance avait définitivement penché en défaveur de la DSE.

Les femmes au sein de la DSE

La participation des femmes aux actions de la DSE fut importante; elles représentaient environ un quart de ses effectifs totaux. Mille vingt-sept (1.027) femmes ont été promues au grade d’officier et de sous-officier au sein de la DSE. À la fin de l’année 1948, plus de 20% des membres des organes populaires des régions libérées étaient des femmes.

À cette époque, en Grèce comme dans le reste du monde capitaliste, la conception réactionnaire de l’infériorité du sexe féminin était ancrée dans les mœurs et l’inégalité des femmes était institutionnalisée (elles n’avaient même pas encore le droit de vote). Dans ce contexte, la DSE a élevé l’ouvrière et la jeune femme du milieu rural au rang de protagonistes des évolutions politiques, ouvrant ainsi la voie à une vie meilleure. Le travail spécifique mené en faveur des femmes au sein de la DSE y a contribué et s'est concrétisé par la création de l'«Union démocratique panhellénique des femmes», présidée d'abord par Chrysa Hatzivassiliou, puis par Roula Koukoulou.

Au sein de la DSE, les femmes se sont révélées être les égales de leurs compagnons d’armes masculins. Les combattantes de la DSE inspiraient le respect à l’armée bourgeoise masculine, qui était pourtant bien plus nombreuse et mieux équipée. L’armée grecque, anglaise et américaine «glorieuse» se sentait humiliée lorsque les femmes de la DSE, aux côtés de leurs camarades masculins, remportaient des batailles et ébranlaient son moral. Dans les services de santé notamment, une grande partie des brancardiers étaient des femmes. Les combattantes des services de santé tombées au combat ont été décorées de la médaille «Ilektra». Les femmes ont également apporté leur contribution au sein de la Milice populaire et dans les arrières de l’ennemi, en diffusant des tracts, en transmettant des informations, en organisant des manifestations populaires, mais aussi en tant qu’agentes de liaison ou en recueillant des renseignements.

La DSE a mis en avant des milliers d’héroïnes, simples combattantes ou assumant même les responsabilités de commandante militaire et de commissaire politique. Il est impossible de distinguer une seule de ces figures emblématiques de femmes combattantes, car ces histoires, apparemment distinctes, marquées par le sang, l’abnégation et la foi dans des idéaux, se fondent en une seule et même histoire: celle des milliers d’hommes et de femmes qui ont fait honneur au KKE, qui se sont integrés à la DSE, qui ont vécu et qui se sont sacrifiés héroïquement pour le peuple.

Leurs représentantes dans les montagnes et dans les villes sont les héroïnes du KKE qui ont trouvé la mort: Irène - Mirka Gini, Vangelitsa Kousiantza, Athina Benekou, Vangelio Kladou, Maria Boraki, Maria Lioudaki, Anzouleta Merkouri, Dionysia Grigoratou, Eleni Oikonomou, Iordana Slatnikou, Germania Païkou, Tasia Konstantinidou, Eleni Chroni, Peristera Vlachou, Polyxeni Kanonidou, Koula Eleftheriadou et Ismini Sidiropoulou.

Le service de santé de la DSE

Le service de santé de la DSE a joué un rôle irremplaçable dans la lutte menée par celui-ci. Au début de son organisation, la DSE manquait de médecins, de personnel soignant, et des moyens les plus élémentaires. On utilisait des chiffons et des chemises en guise de compresses, tandis que le coton provenait de ce que les villageois retiraient de leurs oreillers et de leurs couettes. Grâce aux efforts inlassables des combattants et des sympathisants de la DSE, des hôpitaux ont été construits, dont le plus grand à Skala Gramou, ainsi qu’à Kaimaktsalan et dans la région des Prespes, au Taygète, à Vitsi, à Psiana, au Zagori, à Spinasa et dans bien d’autres régions encore. Les hôpitaux de la DSE soignaient non seulement les combattants et les combattantes de la DSE, mais aussi les habitants des régions libérées, qui, dans de nombreux cas, n’avaient jamais bénéficié auparavant de soins de santé organisés.

Parallèlement, on s’est efforcé, dans la mesure du possible, de pallier la pénurie de personnel soignant en mettant en place des écoles de formation. Au total, 152 personnes ont achevé leur formation à l'École des cadres médicaux intermédiaires de la DSE et ont été nommées sous-lieutenants du service de santé. Une nouvelle promotion de 75 personnes a ensuite suivi. Plus de 300 hommes et femmes ont terminé leur formation à l'École d'infirmiers.

Les médecins et certains étudiants en médecine ont joué un rôle déterminant dans l’organisation et le fonctionnement du Service de santé de la DSE. Parmi eux figuraient le professeur de médecine Petros Kokkalis, l’épidémiologiste Christos Damkas, les médecins Giorgos Tzamaloukas, Nondas Sakellariou, Nikos Kokoulios ou Paliouras, Stefanos Chouzouris, Giorgos Nedelkos, Takis Skyftis, Vasilis Dadaliaris, Avgi Ktena, Kaiti Nikolettou-Gizeli, Kaiti Potiri, Vasiliki Kritsiki, ainsi que l’étudiante Patra Mona ou Spengou. Des médecins bénévoles venus d’autres pays ont également apporté leur contribution, comme le médecin hongrois Tibor, mais aussi des médecins de l’armée civile qui avaient rejoint la DSE, tels que Panagiotis Petropoulos, Drosos Skyllas et d’autres.

Ces médecins, peu nombreux, avec l’aide du personnel sanitaire et d’autres travailleurs, ont accompli des exploits en menant une lutte incessante contre la mort, malgré des pénuries effroyables et l’absence totale des conditions nécessaires à leur travail. Ils ont réussi à soigner et à sauver la vie de milliers de combattants et de combattantes de la DSE. Rien que dans la région de Grammos-Vitsi, ils ont soigné environ 12.000 combattants et combattantes.

Tout ce que les médecins et le personnel de santé de la DSE ont accompli découlait de leur conviction que la cause qu’ils défendaient était juste. Beaucoup se sont sacrifiés, en particulier parmi les brancardiers.

Un phare de l’internationalisme prolétarien

Le rayonnement de la DSE et son lien profond avec les besoins et la lutte des forces ouvrières et populaires se sont également reflétés dans le fait que, dans les montagnes libres de Grèce, des marins, des Grecs de la diaspora et des immigrés venus des quatre coins du monde, des Chypriotes et d’autres volontaires, ont parcouru souvent d’énormes distances et affronté de multiples dangers pour venir renforcer sa lutte.

Le cas du communiste turc Mihri Beli (capitaine Kemal) est révélateur: après être arrivé en Grèce via Sofia, il a rejoint la DSE et s’est efforcé de recruter des combattants issus de la minorité musulmane jusqu’à ce qu’il soit gravement blessé. Pour son combat dans les rangs de la DSE contre le pouvoir capitaliste grec et ses alliés internationaux, ainsi que pour son action politique plus générale, il a subi des persécutions répétées de la part de l’État capitaliste turc. Son histoire témoigne des forces et des possibilités immenses de l’internationalisme prolétarien, ainsi que de l’unité des États capitalistes face à l’ennemi de classe commun, malgré leurs contradictions mutuelles.

L’attachement du KKE à l’internationalisme prolétarien pendant la période des violents affrontements de classe de l’entre-deux-guerres et son combat pour l’égalité et les droits des populations minoritaires ont empêché les autorités de la triple occupation fasciste de les utiliser pour diviser la population et de frapper la Résistance (comme cela s’est produit dans de nombreux pays occupés par l’Axe). Les liens indestructibles qui se sont tissés pendant l’entre-deux-guerres et la Résistance de l’EAM se sont également manifestés au cours de la lutte menée par la DSE. Outre certains combattants issus de la minorité musulmane, un nombre important de Valaques de Thessalie ont combattu dans les rangs de la DSE. Il est toutefois certain que le soutien le plus important apporté à la DSE provenait des populations slavophones de Macédoine, parmi lesquelles des milliers de combattants et de combattantes ont été recrutés.

La lutte de la DSE était internationaliste. Le KKE, dans le contexte défini par le discours de Churchill à Fulton sur le «rideau de fer» (mars 1946), le dogme Truman et le plan Marshall (mars 1947) ainsi que la création de l’OTAN (avril 1949), a pleinement rempli son devoir internationaliste envers la classe ouvrière et les autres partis communistes, au prix d’énormes sacrifices et d’une manière unique dans l’espace capitaliste européen.

La grande contribution internationaliste du KKE et de la DSE réside principalement dans le fait qu’ils se sont opposés au pouvoir capitaliste, ce qui constitue un héritage particulier pour l’action ultérieure du KKE et du Mouvement communiste international. Cela est également démontré par le fait qu’ils ont contraint les deux puissances impérialistes les plus puissantes, la Grande-Bretagne et les États-Unis, à porter activement leur attention sur le mouvement populaire armé de Grèce et à financer la classe bourgeoise nationale afin qu’elle puisse se maintenir debout. Parallèlement, la DSE a servi de bouclier aux Républiques populaires d’Albanie, de Yougoslavie, de Bulgarie et de Roumanie durant les années cruciales de 1946 à 1949.

Le Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S et d’autres partis communistes ont manifesté leur solidarité et leur soutien internationalistes, même si leur engagement variait d’un parti à l’autre et malgré les faiblesses et les contradictions de leur stratégie. Ils ont contribué de manière décisive à l’épopée de trois ans de la DSE; ils ont accueilli et hébergé 25.000 enfants (qui ont littéralement été sauvés de la famine, des bombardements et des «maisons de correction» de la reine Frédérique). Ils ont contribué à faire face aux conséquences de la retraite ordonnée des forces de la DSE après la dernière bataille du Grammos. Par la suite, ils ont accueilli plus de 55.000 réfugiés politiques, qui ont trouvé dans les États de la construction socialiste un accueil chaleureux, du travail, de l’éducation, de la culture, ainsi que de la sécurité pour eux-mêmes et pour les nouvelles générations de réfugiés politiques.

La solidarité internationale envers la DSE, développée par les forces du mouvement ouvrier et populaire ainsi que du mouvement communiste dans les pays capitalistes, a été considérable. L’une de ses nombreuses manifestations fut la visite d’une délégation française en Grèce libre et au quartier général de la DSE en 1949, qui comprenait le grand poète Paul Éluard.

Les problèmes de stratégie du mouvement communiste international et leur influence sur l’issue du conflit de classe armé

Cependant, l’intensification de la lutte des classes au niveau international immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale a pris le Mouvement communiste international au dépourvu sur les plans idéologique, politique et organisationnel, alors qu’une lutte idéologique acharnée s’y déroulait déjà, en raison de problèmes stratégiques apparus  avant même le début de la Seconde Guerre mondiale. Malgré le renforcement significatif des forces communistes en Europe et en Asie, le rapport de forces international, qui restait globalement défavorable, n’a pas été évalué objectivement, ni la stratégie la plus efficace pour la lutte de classe au niveau international n’a été définie en fonction du caractère de l’époque.

Le point essentiel était que les partis communistes n’ont pas considéré la Seconde Guerre mondiale comme une guerre impérialiste menée par les deux camps des États capitalistes participants, et qu’ils n’ont pas proclamé la lutte pour la conquête du pouvoir ouvrier comme objectif stratégique commun. Les accords d'alliance de l'URSS avec les États-Unis et la Grande-Bretagne (et puis avec la France) pour la mise en place des régimes d'après-guerre ne pouvaient garantir ni l'«humanisation» du capitalisme, même dans les États capitalistes caractérisés par une technologie avancée, ni la coexistence pacifique entre socialisme et capitalisme.

Les oscillations entre accords et manifestations de la «guerre froide» ont constitué le cadre dans lequel le mouvement communiste international, notamment l’URSS et les partis communistes des pays de construction socialiste, n’a pas adopté de position stable concernant la généralisation de la lutte armée en Grèce durant la lutte menée par la DSE. Cette divergence de la position des partis communistes au pouvoir était liée à la manière dont ils évaluaient les intentions et les projets de leurs anciens alliés de la Seconde Guerre mondiale, à savoir les États-Unis et d’autres États capitalistes. Elle était liée à l’évaluation de l’attitude de ces derniers face aux pouvoirs ouvriers et populaires en cours de formation dans les pays des Balkans et dans les autres pays d’Europe centrale et orientale.

Dans un premier temps, ils considéraient comme probable une attaque impérialiste contre l’Albanie, la Bulgarie ou la Pologne, et estimaient que la généralisation de la lutte armée en Grèce dès le départ pourrait servir de prétexte à un nouveau conflit mondial, qu’ils s’efforçaient d’empêcher. Par la suite, lorsque les États-Unis ont annoncé le plan Marshall et la doctrine Truman, la généralisation de la lutte armée a reçu l'assentiment des partis communistes frères, sans pour autant s'accompagner d'une aide proportionnelle à la hauteur de ce que demandait le KKE, compte tenu également de l'influence que le soutien des États capitalistes à l'armée bourgeoise exerçait sur le déroulement du conflit armé.

La situation s'est encore compliquée après la crise des relations entre le Kominform (qui regroupait les partis communistes des pays socialistes ainsi que ceux d'Italie et de France) et la Yougoslavie. Par la suite, avec la création de l’OTAN, l’Union soviétique a pris position en faveur de l’arrêt de la lutte armée.

 Généralement, la lutte de la DSE a été influencée à cette époque par les faiblesses et les contradictions de la stratégie du Mouvement communiste international, qui ont également eu un impact sur sa propre stratégie. Ces contradictions se reflétaient plus généralement dans le programme du KKE qui, bien qu’il ait joué un rôle de premier plan dans l’organisation de la lutte de classe armée, n’a pas défini clairement et en temps opportun l’objectif du pouvoir ouvrier révolutionnaire, mais visait un pouvoir de transition entre le capitalisme et le socialisme. Tel était le contenu politique de la «Laocratie» qui figurait comme objectif politique dans le programme du KKE.

Il s’agissait d’une variante de la stratégie réformiste de transition pacifique vers le socialisme, qui a été maintes fois tentée, mais jamais réussie, tout au long de l'histoire du mouvement ouvrier et communiste international. Au contraire, elle a conduit tantôt à l’effondrement du mouvement ouvrier, populaire et communiste, tantôt à son intégration. La recherche d’un accord entre la DSE et l’armée bourgeoise, qui aurait conduit à une «normalisation démocratique», découlait également de cette même stratégie.

Cela ne signifie pas pour autant que la lutte de la DSE était «perdue d’avance», comme l’affirment les forces de l’opportunisme. Il existait des possibilités de l’organiser à temps, de bénéficier d’un soutien plus substantiel de la part du Mouvement communiste international, possibilités qui n’ont pas été épuisées en raison de faiblesses sur des questions d’importance stratégique. C’est un changement de stratégie du KKE, intervenu à temps, au moins lors du 7e Congrès (1945), qui aurait pu conduire à une organisation décisive et à une généralisation rapide de la lutte armée populaire et de l’insurrection, centrées sur les grandes villes (Athènes, Thessalonique, Patras et d’autres) au cours de l’année 1946, malgré la position différente du Mouvement communiste international et les hésitations qui se manifestaient au sein même du KKE.

En 1946, le pouvoir bourgeois n’était pas encore pleinement consolidé et la Grande-Bretagne connaissait également des difficultés l'obligeant à retirer immédiatement ses troupes de Grèce, notamment en cas d’extension du conflit armé à l’ensemble du pays. À cette époque, l’armée bourgeoise n’avait pas encore été réorganisée et comptait en son sein de nombreuses forces organisées du KKE et de l’EAM, tandis que les villages qui allaient par la suite constituer la base de soutien de la DSE n’avaient pas encore été désertés. En 1946, les communistes et les autres militants de l’EAM étaient majoritaires dans tous les syndicats, les associations et coopératives agricoles, les organisations culturelles et sportives, ainsi que dans le SEGAS. Dans les centres urbains, plusieurs milliers de communistes et de membres de l’EAM expérimentés restaient en liberté, mais ils allaient être victimes des persécutions de l’État capitaliste dans les mois suivants.

Le problème de la relation entre la lutte armée dans les centres urbains et celle menée en campagne, qui s’est transformé au fil du temps en un problème de réserves pour la DSE, avait des racines bien plus profondes; il était dû au retard considérable pris dans la généralisation de la lutte armée. C’est également à cela que l’on devait la faible présence de la composante ouvrière au sein de la composition de la DSE.

En d’autres termes, le KKE, bien qu’il ait fait preuve de réactivité face à l’offensive de son adversaire de classe et de détermination dans la confrontation avec celui-ci, n’a pas pu tirer à temps des conclusions idéologiques et politiques plus profondes du parcours du mouvement de l’EAM pendant la triple occupation fasciste et la grande confrontation de classe de décembre 1944. Il n’a pas réussi, au cœur de la confrontation de classe, à faire un tournant décisif dans sa stratégie, comme l’a fait par exemple le Parti bolchevique en Russie après la révolution de février 1917, ce qui a mené à la victoire de la révolution socialiste d’octobre.

La lutte de la DSE a également été affectée par la crainte que l’intensification de la lutte des classes en Grèce ne se fasse au détriment de l’URSS et des autres pays socialistes. On pouvait comprendre la volonté de l’URSS et des autres États socialistes de se remettre de l’énorme tribut en vies humaines qu’ils avaient payé pour vaincre l’Axe fasciste, de réparer les destructions et de panser les blessures de la guerre. D'où la nécessité d'éviter une nouvelle intervention impérialiste. Cependant, un aspect de la politique de l’État socialiste, aussi nécessaire soit-il, ne doit pas être théorisé, prendre le caractère d’un recul idéologique ou ouvrir la voie à des concessions dans la lutte des classes à l’échelle internationale. D'ailleurs, la construction socialiste ne peut devenir irréversible qu'en tant que conséquence de la victoire mondiale de la classe ouvrière.

L’exploitation des conditions de situation révolutionnaire créées par la Seconde Guerre mondiale impérialiste pour renverser le pouvoir capitaliste en Grèce et dans d’autres pays était une condition préalable à un changement radical du rapport de forces international. Cette stratégie aurait renforcé davantage la position de l’Union soviétique et des autres pays de construction socialiste face à la «guerre froide», tandis que, dans l’éventualité d’une guerre chaude, elle contribuerait à leur soutien efficace et garantirait également la résistance à l’opportunisme au sein du Mouvement communiste international.

La participation des partis communistes à des gouvernements bourgeois dans plusieurs pays (Italie, France, etc.) à la fin de la Seconde Guerre mondiale a eu l'effet inverse: elle a alimenté  à long terme la dégénérescence idéologique et politique, ainsi que la dissolution de nombreux partis communistes. Parallèlement, cette même stratégie erronée a immédiatement permis aux pouvoirs capitalistes, ébranlés par la guerre, de se reconstituer dans des centres économiques cruciaux, ce qui a rendu les pressions exercées sur l’URSS et les autres pays de construction socialiste encore plus intenses.

Dans ce contexte, l'idée que la lutte armée servait principalement à exercer une pression décisive sur la bourgeoisie et ses partis, à contrer les tentatives d'écrasement du mouvement de l'EAM et le KKE, à garantir les conditions nécessaires à la démocratisation et à repousser les projets impérialistes visant à utiliser la Grèce comme tête de pont régionale contre le socialisme a prévalu. Cette politique était également conforme à l'avis du Mouvement communiste international.

Parallèlement, le KKE a, à juste titre, choisi de ne pas suivre les conseils du Parti communiste (bolchevik) de l’U.R.S.S et d’autres partis frères qui soutenaient la nécessité de sa participation aux élections de mars 1946. Ce choix, ainsi que d’autres événements, montrent que la direction du Parti avait une appréciation différente du rapport de forces dans les Balkans et  qu'elle se prononçait en faveur d'une généralisation de la lutte armée dès le début de l'année 1946, mais qu'elle conditionnait sa mise en œuvre à l'accord du Mouvement communiste international et à l'aide militaire de sa part.

Par la suite, la direction du KKE, constatant que la lutte armée ne pouvait rester un moyen secondaire de pression en faveur d’une «évolution démocratique normale», s’efforça d’accélérer le rythme de la généralisation de la lutte armée. Cependant, les mesures correctives ou d’amélioration se mettaient en œuvre à un rythme trop lent par rapport aux exigences du conflit de classe armé, tandis que, dans le même temps, les décisions de la direction du Parti ne suffisaient pas à combler les graves lacunes en matière de préparation stratégique idéologico-politique et organisationnelle. Ainsi, le temps s’écoulait au détriment de l’affrontement final et de l’efficacité de la DSE.

C’est une leçon de la lutte des classes à l’échelle mondiale: lorsqu’en situation révolutionnaire, la confrontation de classe se manifeste par les armes pour la question du pouvoir, l’affrontement décisif jusqu’à la victoire finale sur l’adversaire est inévitable.

La controverse actuelle autour de la DSE et les leçons à tirer pour la stratégie révolutionnaire

La bourgeoisie et ses acolytes calomnient et déforment sans relâche la lutte de la DSE, car ils savent qu'elle incarnait la forme la plus élevée de lutte à une époque où, objectivement, une lutte des classes pour le pouvoir était menée, déterminant qui gouvernerait qui. Ils l'opposent, car ils ont tout intérêt à dissimuler au peuple la source de toute injustice: l'opposition entre le capital et le travail salarié. Ils ont intérêt à empêcher les forces ouvrières et populaires de prendre conscience de la nécessité et de l'actualité du socialisme.

Cela est d'autant plus vrai aujourd'hui que les rivalités impérialistes, les conflits armés et une éventuelle crise économique capitaliste, ainsi que leurs répercussions sur la vie des forces ouvrières et populaires, peuvent conduire à une exacerbation soudaine de la lutte des classes, à une radicalisation massive des forces ouvrières et populaires, et créent les conditions d’une déstabilisation du pouvoir capitaliste, voire de l’émergence d’une situation révolutionnaire ou d’une insurrection visant à renverser ce pouvoir. Cela est d'autant plus vrai aujourd'hui que la classe ouvrière et les peuples sont appelés à verser leur sang sur l’autel de l’exploitation de classe et de l’économie de guerre, avant d’être appelés à se sacrifier dans de nouveaux abattoirs impérialistes.

Les références aux «partisans bulgares de l'EAM dirigés depuis l'étranger» et aux «bandes de communistes» des décennies précédentes sont aujourd’hui reprises, identiques ou légèrement modifiées, par une multitude de forces politiques d’extrême droite et fascistes qui font partie intégrante du système capitaliste pourri et qui sont liées à l’État capitaliste et aux alliances impérialistes par le biais de mécanismes anciens et complexes. Elles sont reprises par tous ceux qui, de manière ouverte ou dissimulée, ont pour idoles les membres des bataillons de sécurité et les collaborationnistes, et qui ont pour habitude de mener des attaques meurtrières contre le peuple et ses combattants. Ces forces deviendront de plus en plus utiles au pouvoir capitaliste, dans la mesure où la préparation à la guerre exigera que les forces ouvrières et populaires se rangent sous le drapeau étranger de leurs exploiteurs et de l’État capitaliste, et que la répression de l’ennemi de classe intérieur sera présentée comme une condition préalable à une issue victorieuse de la guerre.

L’histoire du XXe siècle et la pratique actuelle des États capitalistes et des alliances impérialistes prouvent que les forces fascistes font partie intégrante du système politique bourgeois; leur visage monstrueux reflète le pouvoir capitaliste vieillissant et pourri, qui n’a plus rien à offrir à l’humanité. L’empressement de l’Union européenne à présenter les criminels nazis de la Seconde Guerre mondiale comme des héros, alors qu’elle interdit les symboles communistes et l’action des communistes dans ses États membres, en est la preuve. La même chose est démontrée par l’embellissement et le soutien apportés par l’UE et l’OTAN aux néonazis du Bataillon d’Azov et d’autres organisations similaires en Ukraine et ailleurs, dans le cadre de la confrontation globale entre l’axe impérialiste euro-atlantique et l’axe eurasien en cours de formation.

Chaque jour, on voit clairement que l’idéologie bourgeoise des «deux totalitarismes», qui assimile le fascisme au communisme, les bourreaux aux victimes, au nom de la glorification de la démocratie bourgeoise, constitue le prologue d’une lutte des classes qui vise uniquement les forces ouvrières et populaires, leurs luttes et leur avant-garde, les communistes. En reproduisant la politique officielle de l’UE, la théorie des deux extrêmes, en assimilant Hitler à Staline, qui a mené la lutte titanesque du peuple soviétique pour écraser le fascisme, les «révisionnistes» de l’histoire ne se battent pas sur le terrain de l’histoire. Ils cherchent à porter un coup à la lutte des classes d'aujourd'hui afin que la stratégie du capital, à savoir la perpétuation de l'exploitation de l'homme par l'homme, tant en temps de paix qu'en temps de guerre impérialiste, se poursuive sans risques pour le pouvoir capitaliste.

Chaque jour, il devient de plus en plus évident que l'invocation de la démocratie bourgeoise et du droit international n'est qu'un voile dissimulant l'exploitation de classe à l'intérieur des pays, ainsi que les intérêts des États capitalistes et des alliances impérialistes dans les relations internationales. De toute façon, le pouvoir capitaliste n’a aucun mal à s’exprimer à travers d’autres formes politiques qui correspondent à ses intérêts du moment, tandis que les prétendus défenseurs de la démocratie libérale n’ont aucun mal à accepter l’alliance des États membres de l’OTAN et de l’UE avec des États capitalistes non parlementaires (comme l’Arabie saoudite ou la Syrie), ou avec des États capitalistes dont le gouvernement est minoritaire (comme la France). Au nom de la démocratie et de la lutte contre le terrorisme, ils soutiennent les crimes de l’État d’Israël et justifient l’occupation israélienne de la Palestine, ainsi que le génocide du peuple palestinien héroïque.

Tant l'anticommunisme raffiné que le discours défaitiste sur les erreurs, à savoir l'argument selon lequel la lutte de la DSE était prétendument vaine, ainsi que la construction idéologique arbitraire selon laquelle le choix de la lutte armée était un aventurisme risqué de la part des dirigeants du KKE et, personnellement, du Secrétaire général du Comité central, Nikos Zachariadis, visent à désarmer le mouvement ouvrier et populaire actuel.

L’opportunisme dissimule la violence de l’État bourgeois, qui s’exprime à travers la législation, les institutions et les organes du pouvoir. Il dissimule également la violence multiforme exercée par les capitalistes à l’encontre des ouvriers et des ouvrières, des salariés sur leur lieu de travail. Il encourage le défaitisme en déléguant la recherche de solutions immédiates aux représentants politiques dans le cadre de la gestion bourgeoise, et alimente la méfiance envers la force et les capacités des travailleurs et des couches populaires.

Quelles que soient les variantes sous lesquelles s’exprime l’opposition à la lutte de la DSE, sa diffamation et sa déformation, la stratégie est unique: faire en sorte que la classe ouvrière et les couches populaires restent impuissantes face aux conséquences des contradictions, de la pourriture et de la barbarie du capitalisme, et que leur lutte soit détournée de son objectif, cherchant en vain une issue dans le labyrinthe de la «réforme du capitalisme».

L’expérience tirée de toute l’histoire du mouvement ouvrier, populaire et communiste enseigne qu’il ne peut y avoir de gouvernement pro-peuple, quelle que soit sa dénomination et quel que soit le parti qui y participe, tant que le pouvoir politique, les moyens de production et toute la richesse produite par la classe ouvrière sont entre les mains des capitalistes, et tant que la Grèce fait partie des alliances impérialistes que sont l’UE et l’OTAN, ou de toute autre alliance de ce type.

Chaque travailleur et chaque travailleuse, chaque jeune homme et chaque jeune femme, qui commence sa vie dans cette jungle où règne la loi de l’exploiteur, peut et a tout intérêt à comprendre, grâce à la contribution de l’action idéologique et politique du KKE, la cause et l’objectif de l’attaque idéologique menée par les apologistes directs ou indirects de l’exploitation capitaliste. C’est pourquoi aucune attaque calomnieuse, anticommuniste et opportuniste ne peut ternir la lutte du KKE, la lutte de la DSE, sa vaillance et sa morale.

Il est de notre devoir de diffuser davantage et plus largement la vérité historique au sein de la classe ouvrière et des couches populaires, et de faire en sorte que les jeunes générations découvrent la lutte de l’Armée démocratique de Grèce, qu’elles tirent des enseignements de son combat héroïque, particulièrement utiles pour les affrontements de classe à venir. Surtout aujourd’hui, alors que la propagande et la bibliographie bourgeoises tentent par tous les moyens de diffamer la lutte de la DSE, et que la classe bourgeoise et l’opportunisme, en parfaite collaboration, recourent à des historiens dans le but de réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de la DSE, afin d’imposer ainsi l’argument principal de l’idéologie bourgeoise dominante, à savoir qu’une révolution socialiste est impossible.

La DSE nous enseigne ce que signifie une lutte inébranlable contre l’État capitaliste, quelles que soient les chances de victoire. La lutte de la DSE fut héroïque et a laissé un héritage historique, malgré la lourde défaite, car il s'agissait d'une défaite dans un affrontement direct avec l'adversaire de classe, alors que ses chances de victoire ont été limitées par les problèmes stratégiques du KKE en tant que part du Mouvement communiste international.

Le Parti a élaboré une stratégie révolutionnaire contemporaine dans son Programme. La capacité et la préparation à affronter l'adversaire de classe dans un contexte d'exacerbation de la lutte des classes, et plus encore dans une situation révolutionnaire, se jugent à l'aune de la préparation dans les conditions actuelles d'un rapport de force défavorable.

Quatre-vingts ans plus tard, le système politique bourgeois tente de se réformer pour empêcher la radicalisation du peuple et canaliser l’indignation populaire face à la guerre menée contre ses besoins et ses acquis par la classe capitaliste et son pouvoir, l’Union européenne et les gouvernements bourgeois grecs au fil du temps, dans le cadre de la guerre impérialiste qu’ils préparent.

Le KKE, fort de l’expérience et des enseignements tirés de son parcours de plus d’un siècle, puise son inspiration et ses modèles dans la grandeur de la lutte de l’Armée démocratique de Grèce. Le Parti est profondément convaincu que les luttes de classe feront à nouveau avancer l’histoire, que les forces ouvrières et populaires renverseront le pouvoir capitaliste, et que ce siècle sera marqué par de nouvelles révolutions socialistes victorieuses. Le KKE aspire à devenir, et peut devenir, le phare de la nouvelle et victorieuse confrontation de classe pour le socialisme-communisme, qui est nécessaire, d’actualité et réaliste.